Premières lignes

PREMIÈRES LIGNES #54

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Premières lignes est un rendez-vous initié par Ma lecturothèque. Le principe est simple, tous les dimanches, je vais vous citez les premières lignes d’un ouvrage.


La fille sans nom

Ballottée de déménagement en déménagement, Camille, quinze ans, ne compte plus les endroits où elle a vécu. Ses parents semblent fuir, mais elle ne sait pas quoi. Tout ce mystère l’étouffe. Et puisque personne ne daigne écouter ses désirs, elle décide de fuguer. Enfin la liberté ! Quand elle aperçoit le petit écriteau déposé par deux marins : «Recherche garçon à tout faire contre gîte et couvert», Camille voit l’occasion idéale de commencer sa nouvelle vie.

Mais ce que la jeune fille ignore, c’est qu’en signant le drôle de contrat que le propriétaire de la péniche lui tend, elle deviendra son esclave… pour l’éternité. Afin de se libérer de l’emprise de son nouveau maître, Camille devra faire face à de nombreux dangers. Au cours de son périple, elle découvrira Éther, un monde de magie qui pourrait bien la révéler à elle-même.

PREMIÈRES LIGNES

« I
UNE OMBRE SUR L’EAU

la rue est sombre et silencieuse.
je n’ai pas l’habitude d’être dehors à cette heure-là.
Il est quatre heures du matin. La ville est déserte, c’est l’heure des chats, des chauves-souris…
Et des fugueuses.
Parce que c’est ce que je suis. Une fugueuse. Je viens de m’enfuir de la maison.
Je dois être complètement dingue.
Ou désespérée.
Sans doute les deux.
Quitter ma maison, ma chambre, mon lit, ma couette chaude, pour quoi déjà ?
Pour donner une leçon à mes parents. Parce que la communication n’est plus possible entre nous. J’ai beau parler, j’ai l’impression d’être face à un mur. Deux murs, même. Béton d’un côté, brique de l’autre. On s’y écorche les phalanges, mais rien ne bouge. C’est toujours les murs qui gagnent, quelle que soit la force de nos coups.
Alors je pars.
Je devrais être sereine puisque c’est ma décision.
Mais c’est tout le contraire.
À l’intérieur de moi, c’est la tempête.
J’avance, les poings serrés sur les bretelles de mon sac à dos. C’est mon acte de rébellion ultime. J’ai presque quinze ans, je suis largement en âge de prendre des décisions immatures. C’est contradictoire, je sais. Mais je suis ado. J’ai le droit d’être contradictoire. C’est même le moment idéal pour ça.
J’aime mes parents et je les déteste.
J’adore ma vie et je la hais.
Quelque chose est cassé en moi. Je le sens, un truc ne tourne pas rond. ça m’oppresse tellement que j’en fais des cauchemars. Des rêves pleins de substances visqueuses qui m’enlisent, pleins d’obscurité et de trucs morts. Je me lève le matin avec le souffle court et l’impression d’être un zombie.
Je ne veux pas être une morte-vivante, alors je marche.
À quatre heures du matin.
Sans but précis.
Juste pour m’éloigner d’ici. Pour ne plus être la fille de mes parents. Ou pour justement l’être un peu plus.
Être celle qui leur manque, celle pour qui ils s’inquiètent.
Encore ces sentiments contradictoires.
Tout ça à cause de deux personnes. Papa et Maman. Le socle de mon univers.
On dirait que mes parents n’existent que pour faire de ma vie une succession d’interdits. Pas d’activités parascolaires, obligation de rentrer avant le couvre-feu, interdiction d’aller chez des amis. Sorties scolaires ? Jamais. Portable ? Forfait bloqué sans Internet.
À la maison c’est le royaume du control freak : régime végétarien, fringues équitables, déchets recyclés, compléments alimentaires. L’enfer sur Terre. »

pingouin pomme 1

5 commentaires sur “PREMIÈRES LIGNES #54

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