Premières lignes

Premières lignes #72 : Marche ou crève

Marche ou crève - PL.png

Premières lignes est un rendez-vous initié par Ma lecturothèque. Le principe est simple, tous les dimanches, je vais vous citez les premières lignes d’un ouvrage.


 

1

Une vieille Ford bleue se présenta ce matin-là au guichet du parking, l’air d’un petit chien fatigué après une longue course. Un des gardiens, un jeune homme sans expression portant, uniforme kaki et ceinturon, demanda à voir la carte d’identité en plastique bleu. Le garçon assis à l’arrière la donna à sa mère, qui la remit au gardien. Celui-ci l’emporta vers un terminal d’ordinateur qui avait l’air bizarre et déplacé dans ce cadre rural. Le terminal avala la carte et écrivit sur son écran :

GARRATY RAYMOND DAVIS
RTE 1 POWNAL MAINE
CANTON D’ANDROSGOGGIN
N° d’immat. 49-801-89
O.K. – O.K. – O.K.

Le gardien appuya sur un bouton et tout disparut, laissant l’écran lisse, vert et vide. Il leur fit signe d’avancer.
– Il ne rendent pas la carte ? demande Mrs. Garraty, ils ne…
– Non, maman, répondit patiemment Garraty.
– Eh bien, je n’aime pas ça, remarqua-t-elle en allant se garer dans un espace libre.
Elle répétait cela depuis qu’ils étaient partis dans la nuit, à 2 heures du matin. Ou plutôt, elle le gémissait.
– Ne te fais pas de souci, dit-il sans même y prêter attention.
Il était occupé à tout observer et absorbé par ses propres sentiments, d’attente et de peur. Il descendit avant même que la voiture eût poussé son dernier soupir. C’était un grand garçon, bien charpenté, portant un blouson militaire fané contre la fraîcheur de ce petit matin de printemps.
Sa mère aussi était grande, mais trop maigre. Ses seins étaient presque inexistants, deux petits renflements. Ses yeux papillotaient, incertains, vaguement inquiets. Elle avait une figure de malade. Ses cheveux gris fer s’étaient emmêlés sous la complexité des pinces qui auraient dû les maintenir en place. Sa robe lui allait mal, pendait un peu, comme si elle avait récemment beaucoup maigri.
– Ray, chuchota-t-elle de cette voix de conspirateur qu’il commençait à redouter. Ray, écouter…
Il baissa la tête et fit mine de rentrer sa chemise dans son pantalon. Un des gardiens avalait des rations C, à même la boîte, en lisant des bandes dessinées. Garraty le regarda manger et lire et, pour la dix millième fois, pensa : Tout ça, c’est vrai. Maintenant, enfin, la pensée se concrétisait.

pingouin pomme 1

 

3 commentaires sur “Premières lignes #72 : Marche ou crève

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