Premières lignes

Premières lignes #85 : De l’autre côté du mur

De l'autre côté du mur - PL.png

Premières lignes est un rendez-vous initié par Ma lecturothèque. Le principe est simple, tous les dimanches, je vais vous citez les premières lignes d’un ouvrage.


1.Prise de contact

Le vent souffle dans mes cheveux. Sourire aux lèvres, je rejette la tête en arrière et tournoie le plus vite possible à travers la salle, prenant garde de ne pas approcher mes camarades immobilisées sur le sol, front contre terre. Elles attendent que la musique reprenne pour enchaîner leur partie de la chorégraphie. Un murmure, une promesse discrète, et l’air me guide loin des corps pour me protéger d’eux. Grâce à son aide, je peux éviter le moindre contact avec mes soeurs ! il me montre leur présence, me guide loin d’elles. Je n’ose imaginer ce qui se passerait si nous nous frôlions.
Grisée par la vitesse, rendue euphorique par la valse des violons, je retiens avec peine un éclat de rire en écartant les bras comme un soleil, les levant progressivement au-dessus de ma tête.
« Prépare-toi à enchaîner, Sibel ! Tu vas encore être en retard. »
La voix de Mère Leilan me ramène à la réalité. C’est parti ! D’une brusque impulsion sur le sol, je m’élève dans les airs, en parfait accord avec l’accélération de la musique. Je tends le moindre de mes muscles pour m’offrir tout entière à l’air qui me soutient et me coule dans les vibrations provoquées par le mouvement des autres danseuses, qui se relèvent lentement.
Mon esprit, en parfaite harmonie avec mon corps, appelle l’Art qui y sommeille. L’énergie s’éveille, s’empare de ma chair, se fond dans la nature qui m’environne. Elle cajole le vent pour qu’il me porte encore, juste le temps d’oublier la gravité. Tendue vers les cieux, je perçois la respiration de mes camarades, la chaleur qu’elles dégagent, la vie du parquet sous leurs pieds. Les violons se taisent, attendent que la vie reprenne ses droits.
Une goutte de sueur glisse le long de mon cou. Je ne peux pas tenir longtemps dans cet état de grâce. Il faut payer le prix. Tenir encore un peu, juste un peu… Je t’en prie…
La douleur surgit dans mon bras droit, me tétanise, s’étend. Je m’efforce de conserver le sourire de l’euphorie, je contrôle mon visage pour garder la peau lisse et le regard fier. La beauté vient avant la douleur. Cédez-lui tous ses caprices et vous offrirez le meilleur spectacle que la vie peut créer. Je me répète inlassablement la devise des Mères, celle que nous chantons chaque matin au réveil. Toute notre existence se résume ainsi : nous dévouer à la beauté pour découvrir notre Art. Cet Art que je goûte avec délice chaque fois que je danse, cet Art qui me fait souffrir chaque fois que je repousse mes limites.

pingouin pomme 1

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