Premières lignes

Premières lignes #99 : Killing november

Killing november - PL

Premières lignes est un rendez-vous initié par Ma lecturothèque. Le principe est simple, tous les dimanches, je vais vous citez les premières lignes d’un ouvrage.


Un

Je m’appelle November Adley, mais je suis née au mois d’août. Cette année-là, les nuits étaient anormalement fraîches dans le Connecticut. Le jour de ma naissance, l’érable du jardin a soudainement pris les couleurs de l’automne, et c’est de ce phénomène que je tiens mon nom. À en croire mon père, les feuilles brillaient d’un roux éclatant dans le soleil matinal, comme si le jardin tout entier avait pris feu. Selon lui, c’est pour cette raison que je suis fascinée par les arbres. Je n’en suis pas convaincue, mais j’aime bien cette histoire. Elle me rappelle un temps où le monde était plus sûr, et où ma famille vivait en sécurité. Un temps où la simple idée qu’une menace puisse peser sur moi ne m’avait même pas effleurée.
Mon père, ancien agent de la CIA reconverti en gestionnaire financier, dit toujours que j’accorde trop facilement ma confiance. Chaque fois, il secoue la tête, comme s’il ne pouvait pas croire que nous sommes du même sang. Je lui fais remarquer qu’il est l’unique responsable de cet optimisme, vu que j’ai grandi dans une petite ville peuplée de gens charmants aussi menaçants qu’une portée de chatons endormis. Il prétend que je fais tout pour me convaincre que les gens sont bienveillants, et que je devrais me décider à être plus réaliste. Lorsque je lui demande en quoi cette attitude négative m’aiderait à mieux affronter la vie, il répond qu’une honnête dose de suspicion permet de se préparer à affronter le danger.
Jusqu’à aujourd’hui, ce danger n’était qu’une théorie. Et pour être honnête, même hier, quand mon père m’a avertie qu’une menace imminente pesait sur notre famille, je n’ai pas été convaincue. Mais tout a changé il y a quelques minutes, quand je me suis réveillées dans cette pièce d’aspect… médiéval ?
Un individu – un garde sans doute – se tient dos au mur à mes côtés. Il regarde fixement devant lui, comme si je n’existais pas. Je me rue vers l’unique porte, manipule en vain l’antique loquet en fer forgé puis donne un coup d’épaule, sans résultat. Je me retourne et balaie les lieux du regard. Un feu crépite dans la cheminée. Le canapé et les fauteuils sont tapissés de velours bordeaux. À eux seuls, ces meubles doivent coûter davantage que notre maison de Pembrook. En l’absence de fenêtre, la porte que j’ai tenté de forcer est la seul issue.
Je viens me planter devant le garde qui, jusqu’alors, n’a répondu à aucune de mes questions. Tout de noir vêtu, il porte une ceinture et des brassards en cuir. Une tenue nettement plus réussie que le costume de gladiateur que j’ai porté l’année dernière, durant la fête d’Halloween. Il mesure une bonne tête de plus que moi, et ses bras sont plus épais que mes jambes. Je claques des doigts devant son visage, mais il reste muré dans le silence. Il va falloir trouver autre chose.
– Vous savez que je suis mineure, n’est-ce pas ? Vous n’avez pas le droit de me garder enfermée.

pingouin pomme 1

2 commentaires sur “Premières lignes #99 : Killing november

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