Premières lignes

Premières lignes #103 : Destins volés

Destins volés - PL

Premières lignes est un rendez-vous initié par Ma lecturothèque. Le principe est simple, tous les dimanches, je vais vous citez les premières lignes d’un ouvrage.


1
DOROTHY

7 Juin 1913, banlieue de Seattle

 

Le peigne luisait dans la lumière de ce milieu de matinée. Une splendeur. Un modèle en écaille de tortue incrusté de nacre, dont les dents possédaient l’éclat quasi surnaturel de l’or véritable. Rien de commun avec les bijoux de scène bon marché éparpillés sur la tablette de la coiffeuse.
Dorothy fit mine de tripoter un fil qui pendait de sa manche afin de dissimuler son intérêt. Ce peigne pourrait lui rapporter cinquant dollars, à condition de trouver le bon acquéreur.
Elle s’agitait, impatiente. Aurait-elle seulement le temps de trouver le bon acquéreur ? Neuf heures avaient déjà sonné. le temps n’était apparemment pas de son côté, aujourd’hui.
Dorothy détourna son regard vers le miroir en pied appuyé au mur face à elle. Par la fenêtre en rais, réfléchis par la glace, et inondait la pièce, éclairant ainsi les particules de poussière. Des robes de soie et de délicats rubans scintillaient sur les cintres. Au loin, le tonnerre grondait – étrange. Les orages n’étaient pas courants, dans la région.
C’était d’ailleurs un des aspects de la côte Ouest que Dorothy détestait le plus. Sa girsaille perpétuelle, mais jamais le moindre orage.
La coiffeuse hésita quand son regard croisa dans le miroir celui de sa cliente.
– Ça vous va, mademoiselle ? l’interrogea-t-elle.
Dorothy inclina la tête. Ses boucles noires, folles d’ordinaires, formaient désormais un chignon bien serré sur sa nuque. Elle avait l’air discipliné. Elle supposa que c’était justement le but.
– C’est charmant, mentit-elle.
La vieille dame se fendit d’un sourire, ses traits disparaissant entre les rides et les plis de sa peau. Dorothy n’aurait jamais cru que son « compliment » la toucherait autant. Elle culpabilisait un peu.
Elle se força à tousser, puis demanda :
– Auriez-vous la gentillesse de m’offrir un verre d’eau, je vous en prie ?
– Mais naturellement, très chère, naturellement.
La coiffeuse posa sa brosse sur la tablette et se dirigea vers le fond de la pièce, où un broc en cristal était posé sur une desserte.
Sitôt que la vieille dame eut tourné le dos, Dorothy glissa habillement le peigne doré dans sa manche. Un geste si rapide et naturel qu’un observateur lambda, trop absorbé par l’éclat des perles qui ornaient son poignet, n’aurait rien remarqué.

pingouin pomme 1

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