Premières lignes

Premières lignes #106 : Les talents maudits

Les talents maudits - PL

Premières lignes est un rendez-vous initié par Ma lecturothèque. Le principe est simple, tous les dimanches, je vais vous citez les premières lignes d’un ouvrage.


– 1 –
INCLINATION

Dans un petit village de France, fin août 1985.
– Julius, debout ! Allez, réveille-toi !
La main ne cessait de le secouer comme un prunier. Il souleva mollement une paupière en grognant.
– Ah ! Enfin ! s’exclama la voix agacée de la surveillante.
Le  téléphone vient de sonner. C’était encore lui. Et cette fois, en pleine nuit ! Franchement, je trouve qu’il exagère. Bon, dépêche-toi, il t’attend à la ferme du petit vallon.
Tout en frottant son visage chiffonnée, Julius posa les pieds sur le carrelage froid. Dans l’embrasure de la porte, les petits le scrutaient et ils croisèrent son regard bleu pailleté d’or. Il se leva de toute sa hauteur, jusqu’à dépasser la surveillante d’au moins deux têtes, ce qui l’énerva un peu plus. Elle détestait devoir à ce point se tordre pour s’adresser aux jeunes dont elle avait la charge. Alors, elle reporta son irritation sur ceux qui s’agglutinaient à présent dans son dos.
– Et vous ?! Que faites-vous debout à une heure pareille ? Retournez immédiatement vous coucher, les gronda-t-elle. Le temps que Julius s’habille avec les gestes d’un somnambule, elle houspilla les plus insistants en leur promettant des punitions.
À peine quelques minutes plus tard, sous la lune haute et brillante qui l’accompagnait en projetant son ombre sur la chaussé humide, Julius enfourcha son vélo. Il fila le long des chemins creux du village endormi. Il suivit la route, dépassa le cimetière, puis il attaqua la côte pour gagner le sommet de la colline. À mi-chemin, il peina et dut poser le pied à terre pour reprendre son souffle. Au-dessus de lui, sur la plus haute branche d’un grand orme, une chouette hulotte observait la nuit. Julius frissonna et reprit sa course, encore embrumé de sommeil. Alors elle s’élança, silencieuse, et rejoignit la crête avant lui, de son vol lent et lourd. Lorsqu’il passa sous elle, elle hulula, ce qui le fit sourire. Il s’était toujours senti connecté à la nature, et cette nuit-là, loin de l’agitation des êtres humains, il ressentit au plus profond de lui ce lien invisible mais puissant qui le reliait à tout être v vivant. Il faisait partie d’un tout, et cette pensée l’encouragea à donner les derniers coups de pédales sur la pente raide.

pingouin pomme 1

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